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Opération : Zénith – Rock Hard
Rock Hard : Avant toute chose, peux tu nous parler de cette photo qui figure en couverture de ce numéro de Rock Hard : Till déguisé en Robert De Niro dans Taxi Driver !
Richard Kruspe : Oh, il ne faut pas se creuser la tête. Le magazine américian Rolling Stone voulait nous photographier. Till a soudaine eu cette idée : il s'était rasé le crane façon "mohican" depuis pas très longtemps et ça l'a fait marrer de se la jouer Robert DeNiro. C'est aussi simple que ça, il n'y a rien de conceptuel!
Que faisais tu avant de te lancer dans l'aventure Rammstein ?
Je jouais dans un groupe qui s'appelait Orgasm Death Gimmick. C'était de la musique très anglo saxonne, assez pop, mais je ne savais pas trop dans quelle direction nous allions. Sur un plan artistique, il manquait quelque chose à la musique. et puis un jour, j'ai fait un voyage en Californie avec Oliver et Till ; nous n'étions pas dans les mêmes groupes mais nous étions déjà amis depuis très longtemps ; et je me suis rendu compte que ODG était redondant, qu'il n'y avait rien d'original dans ce que nous faisions...
Lorsque je suis revenue, j'avais en tête un nouveau projet : un projet authentique et allemand - pourquoi essayer de sonner comme les Américains? Je n'avais pas a avoir honte d'être allemand... Oliver et moi nous sommes donc réunis et avons commencé à répéter. Je chantais et ça ne le faisait pas du tout ! J'ai appelé Till pour qu'il nous rejoigne mais il a refusé. Je l'ai supplié de venir répéter une fois avec nous, juste pour nous dépanner, pour que nous puissions voir ce que donnerait la musique avec son type de voix, quitte à chercher un autre chanteur dans son style un peu plus tard. Il a finalement accepté, il est venu, mais il n'étais pas vraiment musicien ; ça a été très dur, il n'était pas à l'aise du tout : il nous a demandé quelques minutes. Il est sorti et s'est acheté une bouteille de Whisky. Il l'a descendue, au point qu'il n'était même plus en mesure de parler mais il quand même réussi à chanter avec son style si particulier...
Nous avons enregistré une demo que nous avons faite parvenir à un jury qui organisait un tremplin à Berlin. Si je me rappelle bien, les titres "Rammstein" et "Weisses Fleisch" figuraient sur cette cassette, du moins dans leurs toutes premieres versions : nous avons gagné ce tremplin et comme cadeau, une semaine de studio nous a été offerte. Paul, faisait partie à l'époque de deux groupes, Feeling B et Die Fierma. C'était également notre ingénieur du son lorsque je jouais avec ODG. Il a montré de l'intérêt pour Rammstein et je l'ai encouragé à nous rejoindre. Il nous manquait un clavier et je voulais absolument que Flake se joigne à notre projet : il ne voulait pas et j'ai essayé de le persuader, pendant très longtemps, pour que finalement, il accepte.
Au début il ne s'agissait donc que d'un side project, chacun des membres restant dans son propre groupe. Mais rapidement, nous nous sommes rendus compte qu'il se passait quelque chose entre nous. Nous étions des amis à la base, mais ce projet renforçait encore nos liens, nous avions le sentiment d'appartenir à un gang. Au début, nous ne songions à absolument rien de professionnel, les maisons de disques étaient le cadet de nos soucis, nous nous foutions d'avoir du succès, nous voulions juste faire de la musique, exprimer cette sorte de colère que nous avions tous dans le coeur..."
Quel genre de colère?
Une colère sentimentale ! C'est vrai, par je ne sais quelle conjoncture, nous nous sommes tous retrouvés à cette époque dans une phase de soucis avec nos copines, nous nous faisions larguer, nous en avions marre : c'est la résultante de ces frustations qui nous a motivés. En fait, je ne crois pas au destin mais je ne peux m'empêcher de me dire que si nous nous sommes retrouvés à six potes, en train de nous faire larguer par nos copines, c'est que ça devait arriver. Rammstein est né de nos maux de coeur (en allemand «Herzeleid» titre du premier opus). Nous n'aurions jamais été aussi motivés si nous étions restés avec nos copines : là, quand nous nous retrouvions nous nous racontions nos malheurs sentimentaux, et nous nous motivions les uns les autres.
Tu es donc l'instigateur du projet...
Oui, j'en ai eu l'idée, c'est moi qui ai rassemblé les gens, mais Rammstein c'est vraiment nous six : il n'y a pas à quantifier la participation de chacun, l'important, c'est ce qui ressort de notre coopération. C'est vrai que parfois, je peux donner l'image de quelqu'un de très directif : je sais ce que je veux faire, c'est très conceptualisé dans mon esprit, mais il est hors de question que je me passe de l'avis des cinq autres. Rammstein m'apprend tous les jours a ne pas me prendre pour un petit chef. Ce n'est pas parce que c'est moi qui donne les interviews que je suis plus important qu'un autre : lorsque nous sommes en allemagne pour la promotion, je ne parle presque pas. Il s'avère que lorsque nous devons nous entretenir sans traducteur, avec un interlocuteur parlant anglais, il est plus pratique que ce soit moi qui m'en charge puisque je suis un peu meilleur dans cette langue que les autres.
Comment avez vous mis en place vos shows extraordinaires et votre image bizarre?
Till est quelqu'un de très réservé, il n'aime pas trop être sur scène, il s'ennuie très rapidement. Nous avons réfléchi a ce qu'il fallait faire pour remédier à ça et l'idée du feu nous est venue. Il fallait que Till ait quelque chose à faire en plus lors des concerts parce que chanter ne lui suffisait pas. La perspective de proposer un vrai show est quelque chose qui nous a tout de suite intéressé : au fur et à mesure que nous donnions des concerts, nous avons imaginé des gimmicks et le tout a pris les proportionis que l'on connaît maintenant! C'était également une façon de nous différencier des autres groupes. Il nous est arrivé d'avoir des discussions animées au sein de Rammstein : certains préfèrent privilégier l'aspect musical, d'autres, le coté show : mais c'est ce qui procure un équilibre au groupe. Pour ma part, je suis très attaché au show : mais si un jour je réalise qu'il prend le pas sur la musique, je prendrai des mesures!
Comment se fait il qu'au lendemain du concert de Paris au mois de juin dernier, vous avez annulé votre show londonien ?
Ce concert était très attendu à Londres, par nos fans d'une part, et par les gens du business de l'autre. Les titres des journaus avaient été sans équivoques : "Rammstein, le groupe le plus chaud du monde" ou encore "Un show absolument extraordinaire". Nous étions à Londres, nos techniciens avaient passé la journée à tout mettre en place. Une heure avant l'ouverture des portes, l'organisateur est venu nous dire que nous devions jouer sans les effets pyrotechniques. Nous avons trouvé qu'il y avait un manque de respecte flagrant envers nous et nos fans : prévenir tout le monde, seulement une heure avant, que nous devrions donner un concert sans effet, alors que la plupart des gens étaient venus pour voir ça, ça n'avait aucun sens. Nous avons donc annulé le concert. (Il a été reprogrammé le 2 décembre au Brixton Academy)
Pourtant, lors de la tournée américaine qui a suivi, vous avez joué sans aucun artifice à Seattle...
Oui mais nous étions au courant ! Ca ne nous gène pas de jouer sans effets mais encore faut il que tout le monde le sache, le public comme le groupe. Lorsque cette date de Seattle a été envisagée, notre tour manager est venu nous voir et nous a dit que nous ne pouvions pas utiliser de pyrotechnie dans cette ville. Nous avons réfléchi et finalement, accepté de donner le concert. Mais c'était bien en amont, pas à une heure du show!
Vous êtes actuellement en tournée aux USA et vous ouvrez pour Slipknot et System Of A Down. Comment les choses se passent elles?
Très bien. Le début du Pledge of Allegiance Tour a été pour le moins bizarre puisqu'il devait démarrer aux alentours du 11 septembre. Mais avec ce qui s'est passé... Le jour des attentas, j'étais à New York ( ndlr : Richard vit la-bas depuis qu'il a épousé une New Yorkaise). C'était franchement étrange. Je me promenais dans la rue lorsque le deuxième avion s'est crashé. Je pouvais voir le World Trade Center mais je ne comprenais pas ce qui se passait, ce que je voyais s'apparentais plus à un film qu'à la réalité... L'ironie dans tout ça, c'est que New York est une ville assez individualiste et que 'est dans cette horreur qu'elle a trouvé une sorte d'unité : l'élan de solidarité a été terrible. Pour en revenir a la tournée, il n'était pas certain que les autres membres du groupe puissent rallier les USA depuis l'Allemagne. Et puis dans cette ambiance, nous n'étions pas surs d'avoir vraiment envie de jouer. Puis à force de discuter, nous nous sommes rendus compte qu'il ne fallait pas baisser les bras : les Américains avaient envie de cette tournée.
Vous n'avez pas rencontré de problèmes avec votre pyrotechnie : on sait que tout ce qui peut évoquer les attentats du 11 septembre est désormais plus ou moins proscrit...
Non, aucun souci avec les autorités de ce coté-là. Au début, entre nous, nous nous sommes dits que la pyrotechnie, les lance-flammes, les explosions, tout ça pouvait avoir un coté déplacé. Mais ensuite, au fur et à mesure des shows, nous avons été surpris de voir a quel point le public était jeune et qu'il n'était pas choqué par notre imagerie. Et puis, Slipknot utilise beaucoup plus de pyrotechnie que nous ! Je pense que les gens qui se déplacent sur cette tournée ne prennent pas trop les choses au sérieux : lorsqu'ils sont dans la salle, ils sont là pour s'amuser, pour oublier ce qui s'est passé. Nous sommes là pour les distraire. Et nous y parvenons : si je compare avec la tournée Family Values de 1998, l'accueil des fans est bien meilleur à notre encontre.
Peut on dire qu'il existe deux Rammstein ? Celui de Herzeleid / Sehnsucht et celui de Mutter ? Non, pas vraiment. Je pense que tu fais allusion au fait que lors de notre derniere tournée européenne, nous avons joué assez peu de titres de nos deux premiers albums. Mais il faut se remettre dans le contexte : ça fait des années que nous donnons des concerts et au bout d'un moment on en a marre de jouer toujours les mêmes morceaux. Nous jouons l'intégralité de notre nouvel album parce que ça nous distrait de jouer de nouveaux titres, ça nous empêche de tomber dans la monotonie : en plus, les morceaux de Mutter ne vont pas bien avec ceux des deux premiers albums qui étaient plutot dansants, tandis que Mutter est plus organique. Mais depuis quelques temps, ici aux USA, nous faisons moitié moitié, nous recommençons à jouer des anciens titres.
Comment est l'ambiance sur cette tournée?
Très bonne, comme toujours. Nous trainons pas mal avec les membres de System of a Down et tous les soirs, nous faisons la fête. En revanche, les membres de Slipknot sont très introvertis, ils restent dans leur coin et ne semblent pas vraiment avoir envie de communiquer. Mais enfin, nous n'en sommes qu'au début de la tournée et les choses évolueront peut être.
Vous n'êtes qu'en troisième position sur l'affiche mais vous est-il déjà arrivé de voler la vedette à Slipknot et System of A Down?
C'est amusant que tu me demandes ça car l'autre jour, j'ai lu une chronique de cette tournée dans le LA Times. Le journaliste écrivait : " Si vous avez envie de monter un festival itinérant, il y a une erreur à ne pas commettre : ne jamais placer rammstein en bas de l'affiche ou tout est foutu pour la suite !" Plutot cool, non?
Comment êtes vous perçus en Allemagne?
Nous avons de nombreux fans là-bas et c'est notre pays. En meme temps, je sais que les médias et d'autres groupes allemands nous cassent du sucre sur le dos. Au début de notre carrière, leur angle d'attaque était très simple : Rammstein est un groupe de nazis. Mais aujourd’hui en 2001, ça ne nous fait plus rien et tout le monde sait que c'est faux. Je me rappelle que lorsque nous avons commencé, lorsque j'entendais ces remarques sur Rammstein, ça me mettait hors de moi.
Aujourd’hui, je me rends compte que je m'en fous complètement : je suis en accord avec moi même, je suis quelqu'un d'authentique et je n'ai pas d'énergie à gaspiller pour les conneries que peuvent raconter certains. Alors maintenant, certains nous attaquent suivant des angles différents, disant que nous sommes un groupe sans intérêt, avec des paroles idiotes, que nous ne savons pas ce qu'est une mélodie. C'est un peu ridicule, mais nous payons notre succès, il est venu a nous. Mais ce que je me dis aujourd’hui, de façon peut être naive, c'est qu'inconsciemment, nous avons tellement donné à Rammstein, que le succès ne pouvait que venir.
Il est facile à gérer?
Je ne peux parler qu'en mon nom et je répondrais "oui". D'ailleurs c'est très bizarre, je ne saurais pas expliquer pourquoi, mais le succès fait de moi une meilleure personne. Je pense être beaucoup plus appréciable aujourd’hui qu'auparavant (rires).
© 2005 Sue Lindemann
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